Mercredi matin, pour tous les deux, le réveil sonnera le début des épreuves. Grégory Tulowa, 16 ans, et son père Jean-Benoît, bientôt 40 ans, préparent ensemble l’examen. Le fils est inscrit en terminale littéraire à la Xavière, un établissement privé. Le père a suivi une année de cours à l’école de reconversion professionnelle Gérard-Guynemer pour préparer un bac professionnel vente.

L’adolescent a sauté deux classes et reconnaît dans un murmure qu’il est un excellent élève. Il veut le bac - « c’est quand même un gros objectif ! »- afin de poursuivre ses études en classe préparatoire. Avec cent points d’avance, il n’a pas de quoi s’en faire.

Objectif mention

Depuis quelques jours, il sait aussi qu’il est admis au lycée du Parc, à Lyon. Cela n’empêche pas les révisions. Il continue de relire ses cours méthodiquement, selon un planning bien établi. Tout l’enjeu consiste à obtenir la meilleure mention possible.

À son âge, son père avait arrêté l’école depuis quatre ans. Il vivait alors à l’île Maurice. « Moi j’ai commencé à travailler tôt. J’ai tout appris sur le terrain, sans aucun diplôme. » Depuis une vingtaine d’années qu’il s’est installé en France, Jean-Benoît Tulowa a occupé différents postes dans des magasins, avant d’être licencié, en 2013, suite à un accident. Le diplôme lui apparaît désormais comme nécessaire pour monter son entreprise. Un projet de restaurant-cabaret doublé d’une boutique de prêt-à-porter. « Si je l’ai, ce bac, ce sera un très beau cadeau d’anniversaire pour mes 40 ans, le 21 juin. »

Sur la table de la cuisine, dans l’appartement de Saint-Fons, sont étalés des copies, des stylos, des cours à côté d’un bouquet de tournesols. « On révise parfois ensemble, oui. Grégory me fait réciter l’espagnol », raconte le père. Sylvie, son épouse, l’aide aussi « pour les maths ». « Pour moi, les probabilités et les fonctions c’est un peu comme un langage extraterrestre », soupire-t-il. Mais il s’accroche.

Le père se dit plus stressé que le fils. En plus, il vient de recevoir un reliquat du programme d’histoire consacré à la laïcité, pas vu en cours. « Tu crois que ça peut tomber ? » Hélas, Grégory pense que c’est possible… Allez, il va falloir faire une nouvelle fiche.

« Oui, je pense qu’il l’aura. Il est tellement motivé ! », commente le fils, qui finit les épreuves plusieurs jours après son père. « Je t’attendrai… Je ferai la fête en même temps que toi », promet celui-ci.

C’est certain, s’ils le décrochent tous les deux, il va y avoir une belle fête au 3e étage de leur immeuble.

MURIEL FLORIN